Dans les métropoles françaises, le prix au mètre carré en location continue de peser sur les budgets. L’Île-de-France affiche les loyers les plus élevés du pays, et la pénurie de logements disponibles, documentée par SeLoger avec une baisse de 36 % de l’offre locative en deux ans, réduit encore les marges de manœuvre. La colocation, longtemps cantonnée aux années d’études, s’installe durablement dans le paysage locatif français, portée par des profils de locataires qui dépassent largement le cercle étudiant.
Colocation et DPE : comment les passoires thermiques redistribuent l’offre locative
Depuis le renforcement progressif des exigences de performance énergétique, les logements les moins bien classés sortent du marché locatif classique. Les propriétaires de biens étiquetés F ou G font face à une interdiction croissante de mise en location. Ce retrait mécanique de logements individuels réduit l’offre disponible pour les locataires seuls, en particulier dans les centres urbains où le parc ancien domine.
Pour certains propriétaires, la colocation permet de maintenir un bien en location malgré un DPE défavorable, à condition que le logement reste conforme aux seuils en vigueur. Le site Roomlala relevait à la rentrée 2026 que louer une chambre chez soi constituait une piste légale pour les propriétaires de passoires thermiques, sous réserve de respecter le cadre réglementaire.
Ce phénomène crée une situation paradoxale : l’offre en colocation peut se maintenir, voire croître, là où l’offre en location individuelle recule. Les colocataires absorbent ainsi une partie de la tension locative que le parc classique ne parvient plus à couvrir.

Profil des colocataires en France : jeunes actifs, seniors et familles monoparentales
L’image du colocataire étudiant ne correspond plus à la réalité du marché. Plusieurs études convergent sur un point : plus de la moitié des colocataires sont des jeunes actifs (employés, stagiaires, freelances). Cette population cherche à réduire ses charges fixes tout en accédant à des surfaces plus grandes que ce qu’un studio permettrait.
Les seniors et les familles monoparentales représentent une frange en progression. Pour les premiers, la colocation intergénérationnelle répond à un double besoin : limiter l’isolement et partager les coûts d’un logement devenu trop grand après un départ en retraite ou un veuvage. Pour les seconds, partager un appartement spacieux permet d’offrir une chambre à chaque enfant, ce qui serait financièrement inaccessible en location individuelle dans des villes comme Paris ou Lyon.
La demande étudiante se réoriente vers les studios
Un fait notable rapporté par Le Figaro Étudiant en août 2026 : les candidatures pour les studios progressent plus vite que celles pour les chambres en colocation. Ce déplacement de la demande étudiante vers le logement individuel suggère que la colocation n’est plus perçue comme un choix par défaut chez les plus jeunes, mais comme une option parmi d’autres.
Dans le même temps, les loyers des chambres en colocation ont baissé dans plusieurs grandes villes françaises. Ce rééquilibrage peut s’expliquer par l’arrivée de nouvelles offres sur le marché, portées par des investisseurs qui ciblent spécifiquement la colocation pour ses taux de remplissage élevés.
Fiscalité de la colocation meublée : ce que la loi Le Meur change (et ne change pas)
Le cadre fiscal de la colocation meublée longue durée a été clarifié courant 2026. Le régime applicable reste le micro-BIC, avec un abattement de 50 % sur les revenus locatifs. Ce point est significatif pour les propriétaires qui hésitent entre colocation et location touristique de courte durée.
La loi Le Meur durcit les règles pour les meublés de tourisme non classés, pas pour la colocation en résidence principale. Cette distinction oriente mécaniquement une partie des investisseurs vers la colocation longue durée, perçue comme plus stable fiscalement. Les sanctions renforcées contre les locations touristiques non déclarées ajoutent un risque que la colocation ne présente pas.
Pour les propriétaires, le calcul se pose en ces termes :
- La colocation meublée longue durée bénéficie d’un abattement fiscal de 50 % sous le régime micro-BIC, sans les contraintes d’enregistrement liées aux meublés de tourisme.
- Le taux de remplissage moyen en colocation atteint 95 %, ce qui réduit le risque de vacance locative par rapport à la location saisonnière.
- La gestion de plusieurs colocataires implique un suivi administratif plus lourd (états des lieux, baux individuels ou clause de solidarité), mais la mutualisation des loyers compense ce surcoût de gestion.

Coliving et colocation classique : deux marchés distincts dans les grandes villes
Le coliving, souvent présenté comme une version premium de la colocation, repose sur un modèle différent. Les résidences de coliving proposent des espaces communs aménagés (coworking, salle de sport, buanderie) avec des services inclus dans le loyer. Le public visé est principalement constitué de jeunes actifs mobiles, souvent en télétravail.
La colocation classique, elle, reste un arrangement entre particuliers ou via un propriétaire bailleur. Le coliving représente un segment de marché à part, avec des loyers supérieurs à la colocation traditionnelle. Les retours terrain divergent sur la capacité du coliving à répondre réellement à la crise du logement : les tarifs pratiqués le placent hors de portée des locataires les plus contraints financièrement.
Le gouvernement a par ailleurs écarté la création d’un cadre juridique spécifique au coliving, laissant ce segment dans un flou réglementaire. La colocation classique bénéficie en revanche d’un encadrement bien établi par le Code civil et la loi Alur.
Un marché porté par la pénurie plus que par un choix de vie
Le rythme de croissance du marché de la colocation, estimé entre 35 et 40 % par an ces dernières années, reflète avant tout une contrainte économique. Dans les villes où le prix du mètre carré en location dépasse la capacité financière d’un locataire seul, la colocation devient la seule option pour accéder à un logement décent.
La chambre en colocation reste nettement moins chère qu’un studio dans la plupart des métropoles, même si cet écart tend à se réduire localement. Ce resserrement des prix, combiné à la baisse récente des loyers en colocation dans plusieurs villes, pourrait modifier les arbitrages des locataires dans les mois à venir. La colocation s’impose moins comme un choix de vie que comme une réponse à un marché locatif sous tension.

