En 2024, 54 % des salariés du secteur privé non agricole sont couverts par au moins un dispositif d’épargne salariale, contre 52,2 % un an plus tôt. Ce sont désormais 10,6 millions de personnes concernées, selon les données publiées par la Dares. Les montants distribués atteignent un niveau inédit depuis le début des séries statistiques sous leur forme actuelle.
Épargne salariale 2024 : ce que les chiffres de la Dares révèlent sur la couverture réelle
Le plan d’épargne entreprise (PEE) reste le dispositif le plus répandu, avec 45,4 % de salariés couverts. La participation concerne 39,3 % d’entre eux, l’intéressement 35,6 %, et les dispositifs d’épargne retraite collective 28,4 %.
En revanche, la progression globale masque un déséquilibre structurel lié à la taille des entreprises. La couverture atteint 61,8 % dans les entreprises de 10 salariés ou plus, mais tombe à 19,8 % dans celles de moins de 10 salariés. Les secteurs de la finance et de l’assurance figurent parmi les mieux couverts, tandis que l’hébergement-restauration reste en retrait.
9 millions de salariés perçoivent une prime de participation, d’intéressement ou un abondement en 2024. Cette hausse du nombre de bénéficiaires accompagne celle des montants versés, mais les données disponibles ne permettent pas de conclure que la prime moyenne par salarié progresse au même rythme.

Obligation de partage de la valeur pour les PME de 11 à 49 salariés
Depuis le 1er janvier 2025, une nouvelle obligation pèse sur les entreprises de 11 à 49 salariés. Celles qui réalisent un bénéfice net fiscal suffisant pendant trois exercices consécutifs doivent mettre en place au moins un dispositif parmi quatre options :
- Un accord d’intéressement lié aux résultats ou aux performances de l’entreprise
- Un régime de participation volontaire (au-delà du seuil légal de 50 salariés qui rend la participation obligatoire)
- Le versement d’une prime de partage de la valeur
- Un abondement de l’employeur à un plan d’épargne salariale existant
Cette mesure cible un angle mort historique. Les PME de cette tranche représentent un vivier de salariés jusqu’ici largement exclus des mécanismes de redistribution collective. L’écart de couverture entre petites et grandes structures pourrait se réduire, mais les retours terrain divergent sur ce point : certaines PME peinent à identifier le dispositif adapté à leur structure financière.
Prime de partage de la valeur : la passerelle vers le plan d’épargne salariale
Depuis le 1er juillet 2024, un salarié peut affecter tout ou partie de sa prime de partage de la valeur à un plan d’épargne salariale. Ce mécanisme ouvre une voie d’optimisation fiscale peu exploitée.
Concrètement, les sommes versées sur un PERECO ou un PERO (plans d’épargne retraite d’entreprise) peuvent être exonérées d’impôt sur le revenu dans certaines limites. Le plafond est relevé dans les entreprises disposant déjà d’un dispositif d’intéressement ou de participation, selon les précisions du BOFiP.
Cette possibilité transforme la prime de partage de la valeur en levier d’épargne longue. Plutôt que de percevoir la prime en numéraire (soumise à l’impôt au-delà de certains seuils), le salarié qui la place sur un plan d’épargne retraite cumule exonération et capitalisation.
Un arbitrage qui dépend du profil du salarié
L’intérêt de cette affectation varie selon la situation fiscale individuelle. Un salarié faiblement imposé tire moins de bénéfice de l’exonération qu’un salarié dont le taux marginal est élevé. La contrepartie est le blocage des fonds jusqu’à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé prévus par la loi).
Les entreprises qui communiquent clairement sur cette option auprès de leurs collaborateurs constatent des taux d’affectation plus élevés. L’enjeu pour l’employeur est autant pédagogique que financier.

Participation et intéressement : deux dispositifs aux logiques distinctes
La confusion entre participation et intéressement reste fréquente. La participation est obligatoire dans les entreprises de 50 salariés et plus : elle redistribue une fraction du bénéfice net selon une formule légale. L’intéressement est facultatif et indexé sur des objectifs librement définis par accord collectif (chiffre d’affaires, productivité, qualité).
Cette distinction a des conséquences directes sur la rémunération perçue. Un accord d’intéressement bien calibré peut déclencher des primes significatives même les années où le bénéfice net reste modeste, à condition que les critères de performance soient atteints.
- La participation dépend du résultat comptable : pas de bénéfice, pas de prime
- L’intéressement peut être décorrélé du résultat net si les indicateurs retenus sont opérationnels
- L’abondement de l’employeur sur un PEE vient compléter ces deux dispositifs sans s’y substituer
Pour les PME nouvellement soumises à l’obligation de partage de la valeur, le choix entre ces formules n’est pas neutre. Un intéressement sur objectifs opérationnels convient mieux à une entreprise dont les marges fluctuent, tandis que la participation volontaire s’adresse à des structures dont la rentabilité est régulière.
Épargne salariale et rétention des talents : un lien plus structurel qu’incitatif
L’épargne salariale est souvent présentée comme un outil de fidélisation. Les données de la Dares permettent de constater que la couverture progresse, mais elles ne mesurent pas directement l’impact sur la rétention des collaborateurs.
Ce qui ressort des pratiques observées, c’est que l’abondement employeur sur un PEE agit comme un complément de rémunération différé. Un salarié qui quitte l’entreprise avant le terme de blocage ne bénéficie pas de l’abondement sur les versements les plus récents (selon les conditions de l’accord). Ce mécanisme crée un coût de sortie implicite.
La progression de la couverture en 2024 reflète probablement autant les effets de la réglementation que les stratégies volontaires des employeurs. La nouvelle obligation pour les PME de 11 à 49 salariés va mécaniquement élargir le périmètre dans les années à venir, indépendamment de toute logique de marque employeur.

