Les frais bancaires désignent l’ensemble des commissions prélevées par un établissement pour la tenue de compte, les opérations de paiement, les incidents et les services annexes. En France, ces frais ont longtemps constitué un poste stable, rarement contesté par les clients. L’arrivée des néobanques et des banques en ligne a modifié cette dynamique en proposant des grilles tarifaires allégées, ce qui a poussé les acteurs historiques à revoir une partie de leurs tarifs.
Frais de succession bancaires : une baisse annulée par le Conseil constitutionnel
Quand on parle de baisse des frais bancaires, la discussion se concentre sur les opérations courantes : carte, virements, retraits. Un poste rarement mentionné dans les comparatifs échappe à cette tendance : les frais de succession.
Une loi du 13 mai 2025 avait instauré la gratuité des frais bancaires de succession dans plusieurs cas. Le Conseil constitutionnel a annulé cette gratuité le 19 juin 2026, à la suite d’un recours d’un établissement du groupe BPCE.
Depuis cette décision, les banques peuvent de nouveau facturer des frais de clôture des comptes en cas de décès. Ces frais restent plafonnés à 1 % des avoirs et à 857 euros au 1er janvier 2026. Sur une succession modeste, ce montant peut neutraliser plusieurs années d’économies réalisées sur les frais courants.
Les néobanques, souvent positionnées sur les comptes de paiement sans offre patrimoniale complète, ne couvrent pas toujours ce type de situation. Le gain obtenu au quotidien sur la tenue de compte ne protège donc pas contre ce poste spécifique.

Frais bancaires courants : la hausse persiste dans les réseaux traditionnels
La narration médiatique évoque une baisse globale des frais. La réalité est plus contrastée. Les frais diminuent chez les acteurs en ligne, mais ils continuent d’augmenter dans les réseaux traditionnels. L’écart de coût entre une banque physique et une banque en ligne se creuse chaque année.
Cette divergence s’explique par la structure de coûts. Un réseau d’agences génère des charges fixes (loyers, personnel, maintenance) que les établissements répercutent sur leurs grilles tarifaires. Les néobanques, construites sur une infrastructure logicielle sans guichet, n’ont pas ces contraintes.
Ce que couvre réellement la gratuité annoncée
Plusieurs néobanques affichent une carte gratuite et zéro frais de tenue de compte. Cette gratuité porte sur un périmètre précis qu’il faut vérifier avant de souscrire :
- La carte gratuite est souvent conditionnée à un nombre minimum de transactions mensuelles ou à un versement récurrent. Sans activité suffisante, des frais de quelques euros par mois peuvent s’appliquer.
- Les retraits aux distributeurs sont parfois limités en nombre. Au-delà du quota, chaque retrait est facturé, y compris en zone euro.
- Les opérations en devises hors euro bénéficient du taux de change interbancaire sur certaines offres, mais uniquement jusqu’à un plafond mensuel. Au-delà, une commission s’ajoute.
- Les incidents de paiement (rejet de prélèvement, dépassement de découvert) restent facturés, avec des plafonds réglementaires identiques à ceux des banques classiques.
La gratuité existe, mais elle s’applique à un profil d’usage spécifique. Un client qui retire souvent du liquide ou qui subit des incidents bancaires ne bénéficiera pas du même avantage.
Comparateur officiel de frais bancaires : un outil sous-utilisé
Depuis plusieurs années, un comparateur public de frais bancaires permet de confronter les tarifs de la quasi-totalité des établissements français. Cet outil, accessible gratuitement, compare les frais sur la base d’un extrait standardisé que chaque banque est tenue de publier.
En pratique, peu de consommateurs l’utilisent. La majorité des changements de banque se font sur la base du marketing des néobanques ou du bouche-à-oreille, sans comparaison ligne par ligne des tarifs réels.
Frais d’incidents : les plafonds réglementaires à connaître
La réglementation française encadre les frais d’incidents bancaires. Les commissions d’intervention sont plafonnées, et des dispositifs renforcés existent pour les clients en situation de fragilité financière. Ces plafonds s’appliquent aussi bien aux néobanques qu’aux banques traditionnelles.
Un client qui cumule des rejets de prélèvement paiera des frais similaires quel que soit son établissement. La concurrence des néobanques n’agit pas sur ce segment : c’est la réglementation qui fixe les limites, pas le marché.

Licence bancaire et garantie des dépôts : ce qui change avec Revolut
Le statut juridique des néobanques varie. Certaines opèrent avec une licence d’établissement de paiement, d’autres avec un agrément bancaire complet. La différence a des conséquences directes sur la protection des fonds déposés.
Revolut a obtenu sa licence bancaire française, ce qui lui permet de proposer des comptes couverts par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR). Les clients bénéficient alors de la même protection que dans une banque traditionnelle.
D’autres acteurs fonctionnent sous licence de paiement ou sous agrément étranger. Dans ces cas, les fonds ne sont pas couverts par le FGDR français mais par le régulateur du pays d’origine, avec des conditions parfois différentes. Vérifier le statut de l’établissement avant d’y domicilier ses revenus reste une précaution utile.
Banque en ligne et néobanque : une distinction tarifaire réelle
Les deux termes sont souvent confondus. Une banque en ligne (Boursorama, Fortuneo, Hello bank!) est généralement adossée à un groupe bancaire traditionnel et propose une gamme complète : compte courant, épargne réglementée, crédit immobilier, assurance-vie. Une néobanque se concentre sur le compte de paiement et les services mobiles.
Sur les frais courants, les banques en ligne offrent un niveau de gratuité comparable aux néobanques, avec un périmètre de services plus large. Pour un client qui a besoin d’un crédit immobilier ou d’un livret A, la banque en ligne couvre des besoins que la néobanque ne prend pas en charge.
La concurrence qui fait baisser les frais ne vient donc pas uniquement des néobanques. Les banques en ligne, présentes depuis plus longtemps, ont initié le mouvement. Les néobanques l’ont accéléré sur le segment des paiements et des opérations internationales.
La baisse des frais bancaires est réelle sur les opérations courantes pour les clients qui migrent vers des offres en ligne. Pour les autres postes (succession, incidents, services patrimoniaux), les tarifs restent encadrés par la réglementation ou continuent de progresser dans les réseaux physiques. Comparer les grilles tarifaires poste par poste, plutôt que se fier à une promesse de gratuité, reste la démarche la plus fiable.

